/ BOUQUINS / GRAMMAIRE POUR CESSER D’EXISTER

Auteur: Amélie Durand
Éditeur: éditions Le Sabot
Thèmes: collection du Zbeul (poésie)
Date de sortie: septembre 2022
Détail: 115 x 205 mm / 40 pages
ISBN: 978-2-492352-08-9
Prix: 8€
Éditeur: éditions Le Sabot
Thèmes: collection du Zbeul (poésie)
Date de sortie: septembre 2022
Détail: 115 x 205 mm / 40 pages
ISBN: 978-2-492352-08-9
Prix: 8€
Grammaire pour cesser d’exister - Amélie Durand
Inspiré par "La Grammaire méthodique du français" (PUF), ce texte est composé de 19 chapitres évoquant des principes grammaticaux (l'accord dans le groupe nominal, l'absence de déterminant, formes actives et passives), suivant les réflexions d'une jeune femme désirant s'absenter de sa propre vie. L'écriture y est fortement poétique tout en suivant une trame narrative à la fois fixe et flottante : ses réflexions au cœur de la ville, l'étrange couple formé avec son compagnon/colocataire et toustes les anciens colocataires fréquenté·e·s (sa famille, ses ancien·ne·s camarades de classe ... ).
À travers ce récit poétique, Amélie Durand raconte comment on peut vouloir disparaître. Sa grammaire intime réinvente un langage emmêlé de situations burlesques dans lesquelles elle échoue, à répétition. C'est l'occasion d'une réflexion sur la condition féminine qui consiste, dans bien des situations, à s'excuser, à laisser la place, à s'effacer le plus possible.
~ l’autrice ~
Amélie Durand participe à des ateliers d’écriture et collabore à des projets littéraires collectifs tel que Le Sabot. Cette revue littéraire de sabotage, et maison d’édition depuis 2021, publie en 2022 son premier texte : Grammaire pour cesser d’exister. Un an plus tard paraît Traduction vers le rose (éd. Mille Cent Quinze) sous le pseudonyme d’Esmée Dubois. Ce second texte recevra le Grand Prix de l’imaginaire dans la catégorie Nouvelle. Elle poursuit ses nombreux chantiers littéraires lors de résidences d’écriture. En 2024 elle réalise un travail de sabotage poétique portant sur les manuels de savoir-vivre à la Villa Médicis.
« L'ACCORD DANS LE GROUPE NOMINAL
Bien souvent, il serait avantageux de n’être pas là. Le soir, par exemple, je rentre chez moi et j’attache mon manteau à une patère. Ce sont des moments comme ça. Ou alors, le soir, je rentre chez moi et j’entends quelqu’un dire : « Ça ne m’étonnerait pas mais alors pas du tout » ; et il faut que je réponde. Parfois, aussi, je mets mes vêtements à laver au Lavomatic.
Parfois, je rentre chez moi, je me tourne tout doucement vers le mur et j’y plaque les deux mains. Après, je glisse imperceptiblement vers le sol et depuis la cuisine mon colocataire me dit : « Encore faudrait-il qu’ils sachent ce qu’ils veulent, ces gens là. » Il me demande aussi si j’ai mal aux genoux. Je n’ai pas mal aux genoux, ça va. Je n’ai jamais eu de problèmes d’articulations.
Mon colocataire est coopératif, d’une certaine façon. Il ne comprend pas vraiment ce que je fais mais il ne cherche pas non plus à m’en empêcher. Parfois, on est tout nus chez nous, dans notre chambre, et il met sa main sur mon cou, par exemple. C’est même gentil de sa part. Notre lit est presque collé à une grande fenêtre qui donne sur
un mur. Ce sont des moments comme ça.
Une seule fois, il a eu l’air de comprendre que je suis, depuis des années, en pleine investigation. Il avait mis ses mains sur moi alors j’ai regardé à travers sa tête et je suis allée me plaquer contre la fenêtre. C’est là qu’il a dit : « Qu’est ce que tu fabriques, encore ? ». Ce qui m’a semblé le plus inquiétant, c’est qu’il ait dit « encore ». Finement, j’ai décidé de rester collée à la vitre jusqu’à ce qu’il éteigne la lumière et qu’il s’endorme. On n’a plus jamais reparlé de fenêtre. C’est comme ça, avec les hommes, me disait ma mère. Elle disait aussi autre chose mais j’ai oublié quoi. »
Bien souvent, il serait avantageux de n’être pas là. Le soir, par exemple, je rentre chez moi et j’attache mon manteau à une patère. Ce sont des moments comme ça. Ou alors, le soir, je rentre chez moi et j’entends quelqu’un dire : « Ça ne m’étonnerait pas mais alors pas du tout » ; et il faut que je réponde. Parfois, aussi, je mets mes vêtements à laver au Lavomatic.
Parfois, je rentre chez moi, je me tourne tout doucement vers le mur et j’y plaque les deux mains. Après, je glisse imperceptiblement vers le sol et depuis la cuisine mon colocataire me dit : « Encore faudrait-il qu’ils sachent ce qu’ils veulent, ces gens là. » Il me demande aussi si j’ai mal aux genoux. Je n’ai pas mal aux genoux, ça va. Je n’ai jamais eu de problèmes d’articulations.
Mon colocataire est coopératif, d’une certaine façon. Il ne comprend pas vraiment ce que je fais mais il ne cherche pas non plus à m’en empêcher. Parfois, on est tout nus chez nous, dans notre chambre, et il met sa main sur mon cou, par exemple. C’est même gentil de sa part. Notre lit est presque collé à une grande fenêtre qui donne sur
un mur. Ce sont des moments comme ça.
Une seule fois, il a eu l’air de comprendre que je suis, depuis des années, en pleine investigation. Il avait mis ses mains sur moi alors j’ai regardé à travers sa tête et je suis allée me plaquer contre la fenêtre. C’est là qu’il a dit : « Qu’est ce que tu fabriques, encore ? ». Ce qui m’a semblé le plus inquiétant, c’est qu’il ait dit « encore ». Finement, j’ai décidé de rester collée à la vitre jusqu’à ce qu’il éteigne la lumière et qu’il s’endorme. On n’a plus jamais reparlé de fenêtre. C’est comme ça, avec les hommes, me disait ma mère. Elle disait aussi autre chose mais j’ai oublié quoi. »
Presse/Actualités
Recommandée par:
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Émilie Noteris, poétesse
Rencontre à Mellionnec, au Temps qu'il fait
27 mars 2025 dans le cadre de la 13e édition de Thé, café et poésie:
« Grammaire pour cesser d’exister s’inspire de La Grammaire méthodique du français (éd. PUF). La grammaire est un art de parler et d’écrire selon des règles. Dans ce récit en prose poétique, le ton se fait souvent cocasse malgré l’apparente gravité du projet de la narratrice : disparaître. Trentenaire installée avec son « colocataire » (compagnon), elle désire se libérer d’un quotidien qui l’oblige, d’une vie conventionnelle. En dix-neuf chapitres, tous reliés à une notion grammaticale (l’absence de déterminant, sujets,...), la narratrice essaie et échoue. À force de ré exion, d’invention, d’auto-dérision, s’esquisse une grammaire intime qui dépasse celles des héritages, notamment maternels, qui cherche à se libérer des normes et usages. »
Un grain de lettres, 2 mars 2024:
“Causer et cesser d’exister”, entretien entre Azélie Fayolle et Amélie Durand, à voir ici.
Les Carnets de François Bon, 19 décembre 2023:
une vidéo à retrouver ici.
Un grain de lettres, 10 décembre 2023:
« Comment je parle si je n’y suis pas », une vidéo d’Azélie Fayolle à retrouver ici.
Le Matricule des Anges, janvier 2023, Flore Moricet:
« Voici un projet inédit : disparaître par la parole, trouver des moyens linguistiques de se soustraire de son corps en présence d’un interlocuteur. Le bref et neuvième texte des audacieuses éditions du Sabot déploie un programme drôle et réjouissant pour trouver « le moyen imperceptible de m’absenter de ma propre conversation », explique la jeune énonciatrice âgée de 30 ans. (...) »
article à lire en entier ici.
Poezibao, Marc Wetzel, 12 déc. 2022:
« Heureusement, pour Amélie Durand, qu'il y a écrire, pour trois choses : pouvoir se plaindre de devoir parler ; faire se parler sans promiscuité ceux qui vous lisent; et enfin (mais d'abord !) pouvoir ne pas être soi quand on parle. »
Article à lire en intégralité ici.
Critiques Libres, J-P Gavard-Perret, “La Syntaxe et son double”, 10 déc. 2022:
« Si l’usage ordinaire du langage est l’un des passages obligés, Amélie Durand s'en défait quand il le faut pour mettre à nu des mécanismes psychologiques et mentaux tout en y échappant au maximum. »
Article à lire en intégralité ici.
Poezibao, Bruno Fern, 05 déc. 2022:
« Amélie Durand fait preuve d’un humour pince-sans-rire empreint d’auto-dérision et un tel positionnement lui permet d’éviter tout pathos malgré la gravité pourtant évidente du propos. En effet, l’effacement auquel la narratrice dit aspirer renvoie non seulement à une certaine condition féminine dans laquelle l’accès à la parole serait limité mais aussi à une difficulté fondamentale d’être au monde qui constitue fréquemment l’une des origines de l’écriture. »
Article à lire en intégralité ici.
Blog T-pas-net, Ahmed Slama, 25 oct. 2022:
« Au travers de ce court recueil, nous est livrée la recette (langagière) de l’effacement parfait, de la disparition radicale. »
Article à lire en intégralité ici.